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Ces dernières semaines, j’étais dans une entreprise d’un grand groupe industriel pour les accompagner sur le prototypage rapide d’un moyen qu’ils développent : un chariot de contrôle.
La transformation du chariot revêt plusieurs objectifs : faciliter l’accès à l’ensemble des faces du produits (4) pour permettre le contrôle visuel et l’accès physique aux éléments, tout en réduisant les manutentions.
C’est en m’appuyant en grande partie sur cet exemple concret que je vais essayer d’illustrer 3 constats que nous faisons lors de chaque projet de prototypage.
1er constat : On ne sait pas ce que l’on veut.
« Si tu veux satisfaire ton client, le premier truc à faire, c’est de ne surtout pas l’écouter ». Steeve Jobs
Qu’en est-il quand on travaille avec l’utilisateur? Et bien c’est un peu la même chose !
Pour l’entreprise porteuse du projet, le prototypage est une démarche nouvelle. Jour 1, on m’a donc donné un cahier des charges (comme ils le font habituellement) avec un chariot FULL options (sans les vitres tintées 😉 ) : réglable en hauteur, des rotations de partout, motorisé, les dimensions et le principe d’utilisation déjà parfaitement définis.
Sur la base de ce cahier des charges, nous avons conçu notre premier prototype : on l’appellera « Produit Minimum Viable » (PMV) et il évoluera au fil des itérations.
Le 1er test utilisateur (utilisation du prototype en situation réelle, avec les utilisateurs habituels) nous a permis d’apprendre bien des choses : finalement, on ne sait pas trop ce que l’on veut. On s’aperçoit que la hauteur réglable ne sert à rien, que la motorisation non plus et que les dimensions du chariot ne permettent pas de travailler dans de bonnes conditions.
Cependant, ce test valide le principe d’utilisation, totalement nouveau par rapport à l’ancien chariot : on a une solution utile, mais pas encore utilisable.
Pour l’équipe, la première impression est mitigée. Elle est d’abord surprise de voir que leur besoin n’était pas très clair et qu’il est inutile de faire un cahier des charges avant de prototyper (si votre objectif est d’avoir une solution utile et utilisable à la fin, bien sûr 😉 !). Elle a également le sentiment d’avoir beaucoup travaillé pour rien car la solution qu’ils ont imaginée ne fonctionne pas.
En soit, le fait de ne pas connaître la solution paraît même logique… si l’entreprise connaissait la solution pour avoir « un bon chariot », elle n’aurait pas fait l’erreur sur la version précédente… En réalité, c’est tout l’inverse. L’immense travail fourni par l’équipe nous a permis d’apprendre, et c’est bien le but principal du prototypage : apprendre à moindre coût et le plus tôt possible. Ils le comprendront au fil du projet.
Constat 2 : Accepter de se tromper, c’est difficile.
C’est le début du Jour 2. On commence la journée en faisant évoluer le prototype en tenant compte des hypothèses formulées le jour précédent.
On change les dimensions, on prend une décision sur la hauteur de rotation du produit. En réalisant la V2, l’équipe se rend compte que les hypothèses sur les dimensions ne sont pas bonnes et souhaite faire évoluer la V2 en V3 sans réaliser de test utilisateur.
Arrive le moment du débat que l’on connait tous, cela ressemble à ça :
- « moi je pense que c’est 80cm »
- « Non, c’est 50cm, regarde là c’est trop grand. Il faut changer »
- « Oui mais non parce que… »
Hey, vous n’avez jamais travaillé avec cette dimension de chariot, comment pouvez-vous savoir que la dimension que vous avez choisi initialement n’est pas bonne ?!?! Prototyper, c’est montrer plutôt que démontrer. C’est essayer ses idées le plus rapidement possible pour les faire évoluer en fonction des retours utilisateurs, et non sur la base de ses idées. Se tromper sur la dimension du chariot, ce n’est pas grave, on apprendra si c’est trop grand, ou trop petit en TESTANT.
Vous connaissez tous ça, la peur de faire une erreur, l’envie de confronter tout de suite l’utilisateur à un produit parfait, même si cela passe par des heures et des heures de travail en amont.
Que se passe-t-il quand votre hypothèses ne marche pas, après toutes ces ressources engagées ?
Le SEUL élément qui doit guider l’évolution de votre PMV est les données du test utilisateur. On ne transforme JAMAIS, JAMAIS son idée sans l’avoir testé en situation d’usage réel.
« In God we trust. All others must bring data ». WE. Deming
Petit paradoxe de l’expérience, les dimensions de la V2 étaient finalement bonnes =)
Constat 3 : L’engagement, c’est mieux que « la bonne idée ».
Pour faire ce constat, je vais m’appuyer sur un autre cas rencontré. L’entreprise en question a de grand problème de place et souhaite proposer à ces utilisateurs un environnement de travail adapté pour améliorer les Conditions de Travail, tout en réduisant au minimum de 30% la surface au sol occupée. Des mois qu’elle y travaille pour en arriver par le même constat par les utilisateurs : « C’est pas possible ».
En intégrant l’utilisateur dans la phase d’idéation, il a proposé de réduire de 50% la surface de son poste. En réalisant le prototype ? Il a encore réduit (sans tester, pas bien on a dit !!!) de 25% la surface initiale, soit une réduction de 75% avant test utilisateur.
En situation de travail réel, on s’est très vite aperçu que réduire le poste de 75% tout en proposant de bonnes conditions de travail était impossible. Par l’expérimentation, nous sommes arrivés, après plusieurs itérations à un poste réduit d’environ 50%.
Que s’est-il passé entre le début du projet ou l’objectif était « impossible » et la validation finale ? L’utilisateur est engagé dans la démarche. C’est à dire que dans le processus de conception, il n’est pas sollicité pour donner son avis ou pour nous remonter des problèmes : il est acteur, avec nous, dans la conception de SON environnement de travail.
C’est la grande différence entre une « solution exceptionnelle » (pas tant que ça finalement) qui ne sera pas utilisé et une solution, parfois plus simple, répondant strictement au besoin et à ce que valorise l’utilisateur.
Dans cette approche, l’utilisateur est dans une dynamique de réflexion sur sa situation de travail lui permettant dans une premier temps d’accepter et d’utiliser le poste, puis dans un second de le faire évoluer avec l’expérience.
Et chez vous, le prototypage est-il intégré dans vos pratiques ? Qu’en avez-vous appris ?

